Grande Muraille Verte : l’Afrique met en avant ses solutions et accélère sa dynamique vers la COP17
11 يونيو 2026

Le Caire, Égypte – En marge de la réunion préparatoire du Groupe africain des négociateurs pour la COP17 de la CNULCD qui se tient du 2 au 4 juin 2026, une session spéciale consacrée à l’Initiative de la Grande Muraille Verte (GMV) et aux projets soutenus par le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) a permis de mettre en lumière les avancées, les enseignements et les nouvelles perspectives de cette initiative continentale emblématique. Cette session s’est tenue dans le cadre de la réunion préparatoire africaine organisée par la Commission de l’Union africaine en coopération avec l’Égypte, pays hôte, et plusieurs partenaires internationaux. Réunissant près de soixante experts africains, cette rencontre vise à harmoniser les positions du continent avant la COP17 prévue à Oulan-Bator, en Mongolie, autour des enjeux de désertification, de sécheresse et de dégradation des terres.
Avec l’appui du PNUE et de ENDA Energie, la session animée par Papa Alassane Mbaye, responsable de la communication, du marketing et du plaidoyer au sein de l’Agence Panafricaine de la Grande Muraille Verte (APGMV) et de Adamou Bouhari, Team leader et coordinateur régional du programme FEM 8 en appui à la Grande Muraille Verte, a réuni représentants des États africains, partenaires techniques et financiers, organisations régionales, société civile et experts environnementaux.
Des enseignements majeurs tirés de plus d’une décennie de mise en œuvre
Dans sa présentation introductive, M. Mbaye a partagé plusieurs enseignements issus des évaluations réalisées sur la mise en œuvre de la Grande Muraille Verte depuis son lancement. Le premier enseignement concerne l’importance cruciale de l’implication des communautés locales. Selon lui, les expériences les plus réussies ont démontré que les populations doivent être placées au cœur des actions de restauration des terres afin d’assurer la durabilité des résultats sur le terrain. Il a également insisté sur la nécessité de lier les activités de restauration écologique au développement économique local. Cette approche intégrée, combinant conservation des ressources naturelles et création d’opportunités économiques, s’est notamment illustrée à travers les FACI (Fermes Agricoles Communautaires Intégrées), aujourd’hui considérées comme des modèles prometteurs appelés à être mis à l’échelle. Un autre enseignement majeur est la valorisation des solutions locales et des savoirs endogènes. Les initiatives communautaires innovantes doivent désormais être renforcées grâce à la science, à l’innovation et aux partenariats stratégiques. Toutefois, il a souligné que plusieurs défis persistent, notamment le financement durable, le renforcement des capacités techniques, le suivi-évaluation et la nécessité d’accélérer les investissements à grande échelle.
Une nouvelle dynamique impulsée par l’APGMV
Lors de son intervent M. Mbaye a également présenté la nouvelle dynamique engagée au sein de l’Agence Panafricaine de la Grande Muraille Verte sous l’impulsion du Secrétaire exécutif, S.E.M Almoustapha GARBA. Cette nouvelle orientation repose sur deux axes stratégiques : i) le renforcement de la gouvernance institutionnelle et l’accélération des partenariats ; ii) la modernisation de la communication, désormais orientée vers l’impact, les résultats et la visibilité des réalisations africaines. Dans cette perspective, l’APGMV prévoit l’organisation d’un side-event stratégique lors de la COP17, en partenariat avec la Commission de l’Union africaine, la Banque africaine de développement (BAD), l’UNCCD et plusieurs institutions partenaires. Prévu le 25 août prochain, cet événement portera sur la mise à l’échelle de la Grande Muraille Verte grâce à l’intégration continentale et à la stratégie de l’Union africaine. L’objectif sera notamment de mobiliser des financements publics et privés, de renforcer les partenariats, de promouvoir des projets bancables à fort impact et de marquer la démarrage d’une facilité avec l’appui de la BAD.
Le programme FEM 8 : 78 millions de dollars pour renforcer la résilience dans neuf pays
Prenant la parole en ligne, M. Adamou Bouhari a présenté le programme régional financé par le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), doté d’un budget de 78 millions de dollars et couvrant neuf pays sahéliens ainsi qu’un projet régional de coordination. Ce programme vise à renforcer les capacités techniques, institutionnelles et politiques des États afin d’accélérer la transition vers des paysages durables et résilients dans les zones de la Grande Muraille Verte. Les pays bénéficiaires disposent chacun d’un projet national mis en œuvre par la Coordination Nationale de l’Initiative Grande Muraille Verte avec l’accompagnement des Agences du FEM notamment le PNUE et la BOAD. Le Programme est coordonné au niveau régional avec l’appui du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE).
Le programme s’articule autour de plusieurs priorités : i) le renforcement des capacités des institutions nationales ; ii) la restauration des terres et des forêts dégradées ; iii) la promotion de chaînes de valeur durables ; iv) l’intégration des questions de genre et de jeunesse ; v) le développement d’investissements à impact impliquant le secteur privé ; vi) l’amélioration du suivi-évaluation et de la gestion des connaissances.
Adamou Bouhari a souligné que cette initiative constitue une innovation majeure en intégrant plusieurs domaines d’intervention du FEM — biodiversité, adaptation aux changements climatiques et la lutte contre la dégradation des terres — dans une seule approche programmatique.
Du Sahel à la SADC : la Grande Muraille Verte accélère son expansion continentale
Intervenant au nom du Mécanisme mondial de l’UNCCD, Catherine Mutambira a présenté les avancées de l’Initiative de la Grande Muraille Verte en Afrique australe (SADC), illustrant l’expansion progressive du modèle sahélien à l’échelle continentale. Structurée autour de priorités telles que l’accès à l’eau, la lutte contre la sécheresse, la restauration des écosystèmes et l’agriculture résiliente, cette initiative régionale s’appuie notamment sur le bassin du Zambèze comme paysage prioritaire pour les actions de résilience climatique.
Approuvée par les ministres de la SADC depuis 2015, cette dynamique régionale s’est progressivement structurée autour d’une feuille de route commune, avec un accent particulier sur le bassin du Zambèze, identifié comme paysage prioritaire pour les actions de restauration et de résilience climatique.
Elle a également annoncé plusieurs projets soutenus par les Fonds d’investissement climatique et le FEM, portant sur la sécheresse, le genre, la jeunesse et le renforcement des capacités. Pour Catherine Mutambira, cette dynamique confirme que la Grande Muraille Verte dépasse désormais le cadre sahélien pour devenir une véritable plateforme continentale de restauration des paysages et de résilience climatique, inspirant déjà d’autres régions du monde comme le Moyen-Orient
L’Afrique comme modèle mondial de résilience
Les échanges ont également mis en avant l’intérêt croissant porté à la Grande Muraille Verte au-delà du continent africain. Plusieurs intervenants ont rappelé que des initiatives similaires émergent désormais dans d’autres régions du monde, notamment au Moyen-Orient avec la “Middle East Green Initiative” inspirée de l’expérience africaine. Les participants ont unanimement insisté sur la nécessité pour l’Afrique de capitaliser sur cette expertise continentale et de faire reconnaître la Grande Muraille Verte comme une solution africaine majeure face à la désertification, à la sécheresse et aux changements climatiques.
Une voix africaine forte pour la COP17
Au terme de cette session, les intervenants ont appelé à une mobilisation accrue des États africains et des partenaires internationaux afin d’accélérer la mise en œuvre des engagements de restauration des terres et de résilience climatique. Ils ont également plaidé pour que les expériences africaines, notamment celles liées à la Grande Muraille Verte et à la neutralité en matière de dégradation des terres, soient davantage intégrées dans les décisions de la COP17. À travers cette rencontre, l’Afrique a réaffirmé sa volonté de ne plus être seulement perçue comme un continent vulnérable, mais comme un véritable laboratoire mondial de solutions innovantes pour le climat, la biodiversité et le développement durable



